A un moment il me glisse à l’oreille, tu veux dormir ici ? et je réponds oui. On se couche, on se câline, j’ai un peu de mal à m’endormir, comme toujours. Mais je dors bien. Au matin je me réveille, on s’embrasse et je file. Et je suis heureux. Un peu.
Et voilà, je suis dans la merde, encore.
Cela faisait 16 jours exactement. Que je n’avais pas baisé je veux dire, deux semaines. Un peu plus.
Beaucoup pour moi, finalement. Je voulais genre, arrêter. De baiser. À tout va. À qui mieux mieux. À tire larigot. Tout ça.
Tu es un sex addict ? P me pose cette question, hier, devant un verre de vin, avant qu’on monte chez lui. Je crois que la réponse est oui. Je crois que 80% de la planète l’est, mais que tout le monde ne se laisse pas aller à son addiction. Moi si. Par période, moi si.
Sur internet, M me dit qu’on se connaît de 1000 façons. Je ne le reconnais pas. Et je vais quand même chez lui. Il me dit qu’effectivement on ne s’est jamais vu, qu’il s’en rend compte en me voyant, mais qu’on aurait pu. Et c’est vrai. Des coïncidences, pleins. Des amis communs. Des croisements. Le plan ne commence pas comme un plan. On boit du vin blanc et on rigole. Il a une belette, ou une fouine, ou je ne sais quoi, empaillée, et un fauteuil galactique. Je le trouve très beau.
Le sexe est génial. On fait des pauses, on parle, on mange, il me baise, je lui lèche les pieds, je fume, on ri, on s’embrasse, je le suce, il me suce, on jouit ensemble. A un moment il me glisse à l’oreille, tu veux dormir ici ? et je réponds oui.
J’avais discuté la veille avec un mec, qui disait que les plans pouvaient se transformer en autre chose. Je lui soutenais que les plans ont un effet étrange sur moi : ils annulent la personne, c‘est juste des bites, des culs, des bouches. Comment transformer une bite en cœur ? Je disais ça et voilà, M a tout foutu en l’air. Je sépare, je catégorise, je classe, j’ordonne les gens. Amis, ennemis, amours, amants. Noir ou blanc. Pas de gris. Je me perds dans le gris. Dans le gris, j’envoie des sms, j’envoie des mails, et on ne me répond jamais ce que j’attendais, perdu dans mon gris.
M ne veut pas. Tant pis. Je ne demande pas pourquoi. Je dis ok. Amis ? Oui, super. Génial. Bonne idée. Je me tais. Et je repars.