Je suis en vacances au bord de la mer, au bord de l’océan même, et j’y suis allé cet après midi, ça faisait deux ans que je n’avais pas eu de vacances « plage ».
J’ai retrouvé tout en même temps, les caillebotis, le vendeur de chichis beignets boissons fraîches, le brouhaha des aoûtiens, le sable qui vous brûle les pieds, et les garçons, surtout, le plaisir de regarder les garçons en maillots de bain.
C’est bien la plage quand même pour ça.
Le plaisir de regarder des corps bronzés, ou blancs, ou rouges même, sans être un voyeur, sans prendre ses jumelles pour espionner son voisin, sans être le pervers de la piscine.
J’ai retrouvé ce plaisir du matage, en même temps que le désespoir et la honte de me déshabiller en public, la blancheur de ma peau parisienne qui a été privée du soleil tant de temps qu’elle réfléchis plus encore les rayons du soleil que le sable.
La honte du bourrelet disgracieux sur mon ventre quand sur la serviette d’à côté un jeune homme est étendu, tous muscles dehors, s’offrant sans fausse pudeur au regard du badaud.
Plus difficile encore le chemin à faire jusqu’à l’eau, quasiment nu, et en mouvement, moi qui ai parfois même du mal à me dénuder devant un amant en pleine lumière, moi qui ne suis jamais torse nu avec des amis, dans un parc ou ailleurs, l’été.
Mais le plaisir enfantin de me plonger dans les vagues, me laisser flotter, me laisser entraîner, me laisser bringuebaler par le courant, d’avoir peur d’une algue qui touche ma jambe, le plaisir de ne plus penser à rien, sauf à ce plaisir.
Je me suis fait la réflexion que ce moment d’oubli ne se retrouve que lors de la jouissance, je dirais même lors de la jouissance avec celui qu’on aime.
La jouissance avec un inconnu n’est-elle pas imparfaite, incomplète, pleine de regards espions ?
Le plaisir d’être dans l’eau, seul parmi tous.
Puis, sortir de l’eau, se laisser sécher au soleil, goûter sa peau salée,
j’ai pensé que j aimerai avoir un amour, un amant, dont je goûterai la peau salée à ce moment précis. Alors pour combler cette envie je m’allume une cigarette. Je n’ai jamais eu d’amour de vacances de toute façon.
Un moment que j’aime : allumer une cigarette quand je suis encore mouillé, quand du sable s’est collé un peu partout, et la fumer sous le soleil exactement en me laissant sécher.
Je dis toujours que je suis un vrai citadin, et que je préfère le bitume à la nature, mais être en pleine nature (si l’on fait abstraction des centaines de baigneurs autour) ravive quand même une volupté que l’on ignore toute l’année, que l’on oublie. Que l’on oublie volontairement?
Sortir le livre de plage (au choix un bon thriller pour ma soeur ou un Dostoïevski pour L, moi cette année c’est le journal d’Hervé Guibert), lire quelques phrases et décrocher parce qu’un surfeur avec sa combinaison en caoutchouc descendue sur les reins passe devant vous. Lire un paragraphe et tourner la tête à gauche, le sexe a moitié durci, pour regarder le papa-sexy (terme utilisé pour les trentenaires ou quarantenaires encore très bien fait de leur personne et ayant des enfants) se changer en se maintenant dans un équilibre incertain, car il est effectivement compliqué de changer de slip tout en tenant une serviette autour de sa taille, dans l’espoir qu’elle glisse, cette serviette. Arrêter d’être hypocrite et laisser tomber carrément le livre pour suivre la partie de beach-volley qui se déroule pas très loin, et s’en foutre du score.Si je n’avais pas été avec mes parents et mes nièces à ce moment-là, je serais peut-être parti voir ce qui se passe dans les dunes derrière, ou dans la pinède, tellement mon corps était chauffé à blanc, et par les garçons de la plage, et par le soleil.
J’aime aussi juste m’étendre sur le ventre et fermer les yeux, une oreille contre le sol, et entendre le bruit des pas des gens dans le sable. Et sentir que j’attrape un coup de soleil à l’arrière des mollets, mais ne rien faire, car la brûlure est trop agréable pour l’arrêter.
PS : Je n’ai pas de connexion Internet et ce soir, en écrivant cela, je me dis que j’aurais dû télécharger du porno. En prévision.
(PS : Je rajoute deux jours de plage plus tard, que j’ai un réel problème de fétichisme avec les surfeurs.)