Discussion sur les origines avec mes parents. Apprendre le nom de mes oncles et tantes ou que ma grand-mère a franchi la zone libre avec 2 enfants après avoir échappé à la gestapo, d’un côté, apprendre la séparation de 20 ans de mes grands parents, de l’autre. Entre autres.
J’ai dit à mon père que l’an prochain je prenais un mois de vacances pour qu’il me raconte, et que j’écrive.
Apprendre un peu qui ils sont, donc pourquoi ils font, donc qui je suis. Par extension.
Il n’y a pas de secret de famille dans ma famille, il n’y a pas de saga de l’été, Claire Keim ne jouera pas ma grande sœur. À ma connaissance bien sûr, étant le benjamin, j’ai toujours dû grappiller des infos par-ci par-là. On me « protège ». Comme si j’en avais besoin. C’est étrange dans les grandes familles comme les infos qui circulent n’atteignent pas toutes les oreilles. Mes sœurs et ma mère sont bien incapables de garder un secret pourtant.
Par exemple quand je me suis outé j’ai parlé en premier à mes parents. En leur demandant de ne rien dire à mon frère et à mes sœurs, je n’ai au final pas eu besoin de leur dire. Ni à ma tante. Ni à mes oncles. Ni à mon grand-père, heu, non, il était déjà mort, pardon.
Dans l’après-midi, je suis rentré du lycée, c’était mon anniversaire, j’avais 18ans, je n’avais pas encore embrassé un garçon, j’ai regardé ma mère qui repassait du linge, et je lui ai dit. Elle a pleuré un peu. Le soir avant de dîner je l’ai dit à mon père. Il s’est resservi un verre de whisky. Après on en a pas parlé du tout pendant 3 mois. J’avais eu très peur, j’étais terrifié. C’est compliqué d’être honnête ?Le soir dans mon lit, à mon tour, je me souviens avoir pleuré.
Ce qui est drôle, c’est que je viens d’écrire ça en écoutant un groupe de pop pas dingue qui s’appelle Why?
Je n’ai pas de souvenirs de quand j’étais petit, ou très peu, et imprécis.
Je me souviens vaguement du jour ou je suis tombé de vélo dans les bois, sur une pierre, et d’avoir ensuite eu une croûte sur la moitié du visage, double face.
Je me souviens des après-midi à jouer dans la gendarmerie où habitait mon meilleur ami de l’époque. (Son nom ?)
Je me souviens du jour ou, en classe de neige, je me suis fait engueuler par la maîtresse car je n’avais mis qu’un pull-over (le bleu tricoté par ma marraine), et pas d’anorak, et qu’il neigeait grave.
Je me souviens de ma première amoureuse, au CP, Béatrice, son bandana rouge et sa voix rauque.
Je me souviens avoir jouer à un touche-pipi plutôt avancé avec Y dans sa chambre.
Je me souviens de ma chambre dans le grenier à Noisy-le-roi et d’être tombé en jouant à l’équilibriste et d’avoir saigné du nez, comme toujours.
Je me souviens de la prof qui m’avait enfermé dans le placard car je ne savais pas ma table de multiplication.
Je me souviens que je me déguisais avec Alexis, et je crois me souvenir que j’étais amoureux de lui, mais que je ne le savais pas. Lui aussi ?
Je me souviens du jour ou je me suis pris les pieds dans un élastique dans la cour de l’école primaire et que je me suis râpé la lèvre et le nez sur le goudron et qu’on voyait mes dents à travers ma lèvre.
Je me souviens d’une fille rousse qui m’a enfoncé son ongle dans la peau et qui l’a ressorti en emportant un triangle de chair, j’ai encore la marque sur la main gauche, du côté du pouce.
Je me souviens de Muriel que j’allais voir en vélo car je l’aimais, et des cœurs rouges que j’inscrivais pour elle dans mon journal intime. Et là d’un coup, je me souviens que j’étais aussi un peu amoureux de mon voisin, en même temps que Muriel, mais que je ne me souviens pas de lui.
Je me souviens de la chatte Mozart.
Je ne me souviens pas du chien Caprice, sauf grâce aux photos.
J’ai une mémoire sélective.
Je ne me souviens pas du nom de la fille avec qui je suis sorti l’été de mes 14 ans. Je me souviens avoir eu très peur de l’embrasser avec la langue car je ne l’avais jamais fait. Je me souviens qu’elle portait un fichu en jean, qu’elle était blonde, anglaise et que l’été suivant, je l’ai fui les 15 jours où elle était là. Je crois qu’elle n’était pas très belle, mais que je devais assurer un peu ma couverture.
Je me souviens du mec qui m’a mis un coup de poing en première, qu’il s’appelait Areski, mais je ne sais plus trop pourquoi il l’a fait, ni de son visage. Il portait uniquement du noir et du rouge. Je crois. Mon pull était taché de sang quand je suis rentré en train chez moi. Je me suis mis à pleurer dans le wagon et les gens me regardaient. Je me souviens bien, par contre, de l’avoir fait viré 2 jours du lycée après ça. Je suis con, ça a dû lui faire plaisir.
Le premier garçon avec qui j’ai fait des choses sexuelles, je me souviens qu’il était brun, qu’il avait un prénom composé de genre Jean-Marc, qu’il avait un sexe tordu, et plutôt petit, qu’il avait 27 ans et moi 18. Que son canapé clic-clac était bleu. Il était étonné quand je lui ai dit que c’était le premier garçon que j’embrassais.
Je serais bien incapable de le reconnaître dans la rue. J’avais peur un peu après de le croiser dans le tramway.
C’est fou de se souvenir de la bite de quelqu’un, mais pas de son visage.