C’est étrange cette sensation que j’ai dernièrement. La sensation d’être un objet, d’être utilisé.
C m’a finalement utilisé pour se faire câliner, une nuit, pour rompre un peu la solitude, ou le quotidien.
H qui s’amuse à me faire des bisous quand il me dit bonjour, ou au revoir, ou quand je lui donne une clope. H qui sait pertinemment que ça me trouble et qui rigole, qui se sert de moi pour rigoler ? Et qui à la fin de la soirée me présente sa copine. Et moi qui répète bêtement son nom en souriant, car je ne sais vraiment pas quoi dire. Je suis une sorte de pantin ou quoi ?
JB, qui se sert de moi pour pimenter sa vie de couple en fantasmant un peu. Et moi qui accepte de le voir, de le voir avec son mec. Comme si c’était normal et que c’était mon ami. Le pire c’est qu’il ne m’intéresse même plus.
Et le gros con de l’UMP qui m’a invité au resto juste pour s’écouter parler, pour se divertir un soir, pour ne pas penser à sa réunion du lendemain, pour ne pas avoir à réfléchir.
Tous ces jeux de pouvoir, de domination, de qui envoie le premier message, qui dit en premier j’ai envie de te voir, qui dit en premier je t’aime, qui se découvre, qui se donne.
J’ai envie de gerber. Simplicité ? Immédiateté ? Clarté ?
Revenir en primaire, quand on se faisait juste des bisous sans la langue, parce que c’est degueu la langue, et ou on se disait au bout de 5 minutes tu veux être mon copain ?
X qui s’est servi de moi pour son fantasme de masseur : J’arrive chez lui, je me déshabille et il me masse tout le corps, puis me suce, je jouis, puis je me rhabille, puis je me casse.
Le photographe qui m’a aussi sucé après la séance photo.
Dans quelle mesure j’utilise l’autre quand il m’utilise ? Dans quelles mesures s’agit-il d’un échange conscient ? Dans quelle mesure ma bite est elle un objet ? Dans quelle mesure mon cœur est il un objet ?
Le comique de tout ça, c’est que mon métier est d’être un objet. J’aime ça être un objet. Mais je veux avoir choisi. Ne pas subir.
J’ai rencontré un nouveau garçon. A.
Ce sera peut-être différent cette fois. Je dois le revoir ce soir. J’aimerais que cela soit différent. Que ça marche un peu. Pas longtemps forcément, mais juste qu’il se passe quelque chose vraiment. Quelque chose qui me dise que toutes ces claques qu’on se prend tous les jours sont là pour te préparer à mieux. Qu’elles soient là pour que le mieux soit encore meilleur.
Que les schémas qu’on suit ne sont pas une fatalité et que, à un moment, oui, à un moment les choses bougent, et le combat cesse.