Donc on se retrouve au metro père la chaise avec A. Près du cimetière, lieu romantique par essence, mais pas le romantisme des cartes postales, il est déjà là quand j’arrive, et il est toujours beau.
Je me demande si je pourrais aimer un type moche. Je me demande aussi si cette question est superficielle.
On va boire des bières à « la mère la chaise », je déteste ça les noms de bars censés être drôles. Ça ne me fait pas rire. Du tout. Mais là n’est pas la question non plus. On est tout seuls sur la terrasse, octobre, pluie, nuit tombante, mais ce n’est pas plus mal, on papote, on papote, il me parle astrologie et cuites, sud-ouest et Marseille, et je crois que je l’aime bien. Au bout d’un demi et demi il m’annonce qu’il est saoul et je le trouve charmant. Puis on marche un peu et on ne se décide pas sur la suite de la soirée. Il me dit qu’il bosse à 22h30 et je pense que j’ai emmené des préservatifs pour rien. On s’assoit sur des marches et j’ai envie de l’embrasser, mais je ne fais rien.
On décide d’aller boire du vin chez lui. Il habite juste à coté de feu la flèche d’or. Il habite avec une colocataire qui est dans le salon, alors on boit tous les 3 et je ne peux pas attaquer. Il me fait rire. Il y a plein de détails qui devraient me repousser et pourtant non. Il aime Disney et il n’a pas de jolies mains. Par exemple. Je le raccompagne jusqu’à son travail, et dans l’ascenseur j’ai envie de l’embrasser, et dans le bus aussi, et en sortant du bus aussi, et quand on se quitte aussi, mais je ne le fais pas.
Qu’est ce qui nous a tous rendu si indécis ? Qu’est ce qui fait que l’on n’ose plus rien ? Pourquoi est-ce que plus personne n’a de couilles ? Ou est Rett Butler merde ?
On doit se revoir “bientôt”. J’ai eu envie de pleurer dans le metro, un peu comme il y a quelques années quand j’ai pleuré dans le N14, avec tous les clodos et les bourrés de la ligne Barbes Clignancourt, après l’anniversaire de S, à cause d’un A espagnol, j’avais des larmes plein les joues mais je ne faisais pas de bruit, et au moment où j’ai descendu les marches j’ai éclaté en sanglots, jusqu’à ce que je me sois laissé tomber sur le carrelage de ma cuisine. J’aime bien la mise en scène.
Mais cette fois je n’ai pas pleuré, je suis un grand garçon maintenant. Je fais la part des choses. J’ai du recul. Je ne me prends pas la tête. Je sais où je vais. Je ne m’enflamme pas. Je garde la tête froide et j’interprète les signes facilement, je ne prends pas mes rêves pour la réalité. Je comprend tout.Par contre je mens tout le temps.
On se parle sur MSN avec A, ou sur le chat de Face Book depuis qu’on y est devenu amis. On se parle souvent, et souvent je dis des trucs tellement inintéressants que je me demande pourquoi il reste connecté.
Je me demande si on va vraiment se voir ce week-end. Je me demande s’il suivra le même chemin que les derniers en ne me rappelant pas, en m’utilisant. Mais là n’est pas la vraie question. La question est : verra-t-il que je n’ai aucune envie de l’utiliser ? Et se servira-t-il de ça pour ou contre ?
Être pour ou contre. Le bien et le mal. Se positionner. Plus personne ne fait ça de nos jours. Le militantisme. Les couilles. Moi je suis le mec qui ne prend pas de risque. Qui ne s’oppose pas vraiment, qui ne s’engage pas vraiment.
Je suis de la génération du zapping et du Web 2.0, ou tout est rapide. Et l’engagement, qu’il soit amoureux ou politique demande du temps. Et de la patience.
Tout vient à point à qui sait attendre ?
Il y a une autre question à laquelle j’essaie de répondre : ce que je ressens, est-ce réel ou bien juste parce que j’ai envie de le ressentir, et n’est-ce pas finalement la même chose, que ce soit l’un ou que ce soit l’autre ?