Je n’ai pas grand-chose à raconter. Juste que je suis un garçon, et que j’aime les garçons, mais que ce n’est pas l’important, mais que c’est compliqué depuis qu’on ne se tient plus la main dans la cour de recréation. Je crois avoir tout dit en disant cela.
Une jolie première phrase pour un roman.
Je pense à ça sur le chemin du retour. Il est 4h du matin et je suis sur le pont que je dois traverser pour rentrer chez moi quand il est tard et que je prends le N11. Et comme à chaque fois cette envie de sauter. Pas forcément que cela va mal. Pas forcément que j’ai envie de mourir. Mais je fais le calcul quand même. Environ 12h avant que quelqu’un s’inquiète pour moi. Environ 3 de plus pour que tout le monde s’inquiète. Je flotterai déjà ? Mais je pense à ça quand j’attends le metro aussi. Ou quand je suis sur un balcon.
Je finis ma cigarette toujours au même moment, au milieu du pont. Et je la balance dans l’eau noire à ma place.
Je pense à cet étrange week-end. Recoucher avec G, encore. Note pour plus tard, ne plus jamais aller au point FMR avec lui, ça finit toujours comme ça.
Recroiser C. Surtout.
Commander une bière, me retourner et tomber nez à nez avec lui. Il me sourit. Le con. Il me dit qu’il a agi comme un connard en ne me donnant plus aucun signe de vie. J’ai dit oui. Ça m’a fait plaisir qu’il soit mal à l’aise, qu’il se sente nul. Il est resté planté la devant moi, alors j’ai parlé deux trois minutes avec lui, je me la suis raconté, en disant que c’était mon ami qui mixait, en disant que je serai en VIP au concert de Phoenix blabla. Mais ensuite je me suis senti nul aussi.
J’aurais voulu lui demander « pourquoi? », toujours ce besoin de tout comprendre, tout analyser. Mais ce n’était ni le lieu ni le moment. Et ça n’aurait servi à rien. Je dansais plus ou moins à côté de lui, le chanteur avait une toge en dentelle et un masque de tigre, et je me suis senti seul. Très seul. Tout seul. Un peu comme sur le pont. Un peu comme d’habitude.
Et A qui a laissé tombé. Encore un avortement, encore un début, encore un truc inachevé, encore un peu de déception, encore un peu plus de matière pour mon armure.
Ça tombe bien, je pense qu’elle me sera utile pour E. À un moment j’arrêterai les nouvelles lettres ? J’espère que oui. J’ai vraiment pas besoin de tout l’alphabet.