Je tombe, je crois que je tombe amoureux de toi, et ça me fait peur.
Je t’ai dit n’avoir peur de rien, je t’ai dit, je n’ai peur de rien, donc j’ai peur de tout. Mais j’ai peur de toi, surtout.
Peur que tu réalises que je suis bête, que je suis laid, que je suis nul, peur que tu te réveilles et que tu te rendes compte de la connerie que tu fais de le laisser pour moi. Peur que tu ne le laisses pas. Que tu retournes à lui, dans une semaine, quand le temps sera écoulé. Peur de ne jamais t’embrasser de nouveau, peur de ne jamais être dans tes bras de nouveau, peur de ne jamais me réveiller avec ton odeur dans mon lit de nouveau. Peur de ne plus jamais surprendre cette lueur quand tu me regardes. Ton regard sur moi.
Dans la voiture enneigée, nous nous embrassons, une voiture de police passe, j’ai bu du serpent et du Tabasco, nous sommes saouls et seuls, les rues sont vides et blanches, et je suis en train de fondre.
Une chose dont je n’ai plus peur : que ce ne soit pas vrai.
Que le piment du secret, que le piment de l’interdit soit l’unique épice, non, ça non, maintenant, je le sais. Je sais que c’est autre chose. De plus fort, de plus viable, de plus beau. J’espère que tu le sais aussi.
Parce que je déteste ça. Ne rien pouvoir dire. Ne rien pouvoir faire. Ne rien pouvoir te dire ou te faire, dans la rue.
Devant le monde. Être privé du monde.
Rue du renard, tu marches avec moi vers le bus, nous avons joué à cache-cache toute la nuit, nous deux contre les autres, nous avons gagné, tu me dis que je t’énerve, ça me fait plaisir, tu me dis que tu veux passer la nuit avec moi, c’est un déchirement. Je te regarde en m’éloignant et tu ne te retournes pas.
Dans ce café américain, caché derrière ce mauvais capuccino, j’ai ce mal physique de ne pas te toucher, de ne pas t’embrasser, et de te dire qu’il serait bon de prendre du recul.
La première nuit, le mauvais endroit mais la bonne personne, je ne me souviens pas avoir dormi, je me souviens de tes bras, autour de moi, de n’avoir plus eu envie de me lever, jamais, et de la serveuse brune qui louchait le lendemain midi.
Deux semaines où l’on ne se voit pas. Ta voix au téléphone me calme. Je me surprends à attendre tes messages. À m’en vouloir d’attendre tes messages.
Musée d’Art Moderne, tu m’attires derrière un mur, une toile, et tu m’embrasses. Je t’ai dit avoir rompu, tu m’as dit savoir ce que tu devais faire. Je n’ai pas osé te demander quoi. Être prisonnier de son corps. C’est ce que tu voyais sur les toiles, et je trouvais cela tellement ironique.
Tu es chez moi, dans ma chambre, sous ma couette, et je ne peux m’empêcher de sourire, de te sourire, de te rendre ton sourire. En partant travailler je te laisse dans le lit, et je suis heureux de te savoir dans ma chambre, sous ma couette.
M nous parle de son rêve prémonitoire, nous sommes tous les deux, ensemble, en couple, je te regarde et tu mens tellement bien, moi j’ai très chaud et je fais un effort surhumain pour avoir l’air détendu et détaché. Bizarrement son rêve me donne confiance, et j’imagine une possibilité pour un nous.
C’est toi qui a la main, c’est toi le maître du jeu, je me suis échappé, je t’ai refilé le rôle, je ne voulais sans doute pas l’endosser, je t’ai laissé maître du jeu et maintenant je n’ai plus rien a faire, juste attendre. Facile. Tu m’as dit qu’une des plus belles choses chez moi, c’est cette certitude que quelque chose arrive, cette certitude dans l’attente.
Mon lit est sale. Sale de nos jouissances successives. Je te regarde, tu viens de jouir, et tu es tellement beau. Et j’ai presque du mal à retirer les draps quand tu n’es plus là. Les traces, une trace. Garder une trace de ce moment de beauté. Une trace de nous.
Alors j’attends,
J’attends le monde, je t’attends.