Un jour, dans le lit, tu as murmuré en me regardant te regarder « toi tu es fou amoureux » et j’ai feint de n’avoir pas entendu, pas compris, tu n’as pas répété.
Tu avais raison.
J’ai l’impression de n’avoir jamais été amoureux. Avant.
J’ai l’impression de tout gâcher. De le faire exprès. De ne pas le vouloir mais de ne pas pouvoir m’en empêcher. De te tester. Pour être sur. Pour savoir. Je me déteste, comme ça. Quand je fais mon cinéma. Dramaqueen. Quand je pleure. Quand je fais une crise. Quand je suis ridicule. Mais de ne pas pouvoir m’en empêcher. Je crois que j’ai tellement peur que tu m’arraches le cœur bientôt.
Je suis dans ton salon, chez toi. Tu es endormi. Dans la pièce à coté. Tu dors. Tranquille.
Je ne peux pas m’empêcher de tout bousiller.
Je prends tout mal. Non. Tout trop au sérieux, trop à cœur. Je ne suis pas léger. Je ne sais pas faire. Je sais que c’est nul, que je gâche tout, que tu vas t’impatienter. Que tu vas finir par me foutre dehors. Hors de toi. Je sais qu’il faut que je me calme, que je me détende, que tu es là. Pour le moment.
Je te regarde dormir. Je regarde ta nuque, ton épaule droite et ton dos, qui se soulèvent a peine, a chacune de tes respirations. Et j’ai envie de te mordre. De t’avaler. Pour te garder. Toujours. Cannibalisme. Cannibalisme amoureux. J’ai envie de toi. De toi en moi.
J’ai l’impression que c’est la première fois, que c’est si fort, que c’est si violent. Est ce que c’est normal ? Est ce qu’on oublie les histoires passées, le ressenti des histoires passées ? Est ce que tout est balayé pour faire place au neuf ? Un zapping inconscient ? Mieux vider pour mieux remplir ?
Je ne veux pas t’effrayer, je ne veux pas te perdre. Je suis déjà terrifié à l’idée que tu te rendes compte que je ne suis pas si beau, pas si drôle, pas si intelligent, pas si bien que ça. Je suis terrifié, et je n’ai pas envie de rajouter le poids des mots à ça.
Pour ne pas verbaliser, pour ne pas le crier, je le dis, je me le dis, sans paroles.
Tu lis, tu es allongé, la tête sur mon torse, tu lis, tu ne me vois pas, mais mes lèvres dessinent les mots. Silencieusement. C’est mon secret.