Ta tête sur mon épaule. Adossés au mur. En fumant une cigarette.
Un contact physique, assumé. Même s’il ne dure pas longtemps. Toi et moi, on ne se touche jamais. On ne s’est jamais touché. On a toujours fait comme ca.
On se fait une bise et voilà. On se fait une bise puis on évite tout frôlement. On retire le pied qui touche la semelle de l’autre. On enlève le bras de l’accoudoir qu’on partage. On ne se caresse pas l’épaule si ça ne va pas, on ne se tape pas dans le dos, on ne pose pas la main sur le genou de l’autre, non.
Jamais.
On se parle, on se regarde. C’est tout.
Tu ne veux pas rencontrer mes amis. Tu ne viens jamais. Tu ne me présentes pas les tiens. Ou presque.
Tu ne me parles jamais de lui. Ou presque.
Tu veux me garder juste pour toi. Je crois. Ou presque.
On passe la soirée ensemble samedi soir.
On va à cette grande messe homosexuelle. Celle ou je vais à chaque fois plein d’un espoir désuet. Celle ou je pense repartir à deux. Mais pas que pour le dimanche matin. Celle ou je pense qu’on me regardera vraiment. Celle ou je pense qu’on passera par-dessus le superficiel de mon nœud papillon. De sa perruque, à lui. De son rouge à lèvres, à l’autre. Celle où la personne qui me dit bonjour a vraiment envie de le faire, et pas parce que j’ai 649 amis sur FaceBook, dont 45 en commun avec elle, pas parce que je ne fais pas la queue, pas parce que j’embrasse le dj, pas parce qu’il m’a vu parler à l’ex de truc qui est le nouveau mec de la target de machin.
Celle ou je veux un truc vrai.
Le vrai truc, c’est avec toi que je l’ai. Ou presque.
Alors oui j’ai eu mal,
Mais je n’ai rien dit, rien montré, quand je t’ai vu le prendre dans tes bras.
Quand je l’ai vu te toucher. Quand je t’ai vu fermer les yeux et respirer sa nuque. Quand je t’ai vu lui accorder ce dont j’ai envie depuis tant de temps.
Un vrai contact physique. Un câlin. Sentir tes cheveux. T’embrasser l’oreille.
Je sais très bien que j’importe plus à tes yeux que lui. Mais je ne peux m’empêcher d’être jaloux. Jaloux de lui, jaloux de ton mec aussi, celui que tu ne quitteras jamais pour moi, je ne te le demanderai pas d’ailleurs, jaloux de toi.
Toi qui a l’air de le vivre bien mieux que moi.
Toi.
Alors on va continuer, prétendre qu’on est amis, que ça ne me fait aucune décharge électrique quand tu m’appelle «mon ange», que nos prises de tête ne sont symptomatiques de rien.
Et je vais continuer mon chemin, un chemin parallèle à toi. Trouver un garçon bien, et même un garçon mieux.
Et dans 20 ans peut être ?