Je l’ai quitté. Il me dit ça direct. «Tu t’en doutais sans doute, vu les derniers événements…»
Non, je ne m’en doutais pas vraiment, je me disais qu’il allait juste continuer comme ça. «Je suis content que tu essaies enfin de vivre vraiment ta vie, parce que c’est ta vie, tu sais P.» Banalité. Et je suis content, mais ça je ne lui dis pas, que se soit la première chose qu’il me dise, la plus importante à dire, à me dire. Et pendant que l’on boit cette bière, je vois comment il me regarde, dans les yeux, et je baisse les miens. Il me regarde dans les yeux mais pas vraiment comme un ami te regarde dans les yeux, mais pas vraiment comme un amoureux te regarde dans les yeux. Juste il me regarde vraiment.
Ça veut dire ?
«Je n’ai plus envie de couple, de rendre des comptes. J’ai envie de m’amuser.»
Soit. Je suis a deux doigts de sauter sur la table qui nous separe et l’embrasser sur le champ.
Je me retiens.
Plus tard. Un tas de bières plus tard, et de gin tonic aussi, je n’arrive plus à m’empêcher de lui parler, de lui dire. Et C n’arrêtait pas de me dire d’attaquer. Mais je n’attaque jamais, je réfléchis, je décortique, je me protége.
Ou pas.
Je ne sais pas si je suis amoureux de toi, je crois, je sais que tu veux baiser à gauche, à droite, et entre nous ça ne peut pas être juste ça, on s’est croisés, manqués, trop souvent, ça doit être quelque chose, et je ne veux pas t’embrasser là, comme ça, saoul, ça doit être quelque chose nous deux, de beau.
Je suis con.
Je crois qu’il pense la même chose. De ce qu’il me répond, je comprends la même chose. Il me dit «je ne sais pas si je suis amoureux de toi, si tu es mon meilleur ami, mais je sais que tu es l’une des personnes qui compte le plus dans ma vie. Tu comptes énormément.»
On tombe dans les bras l’un de l’autre et il m’embrasse dans le cou.
Et je suis bien.
Pour oublier ça, après 5 minutes de câlin, de notre premier câlin, de la première sensation de ses lèvres ailleurs que sur ma joue (je ne compte pas le baiser ivre d’il y a 3 mois), pour oublier donc, je me laisse faire par un garçon, un inconnu, qui me dit qu’il me follow sur Twitter, c’est ça le nouveau truc de drague ? Je te suis sur Twitter, suis-moi dans mon lit ?
Quoi qu’il en soit je le suis chez lui, mais on est trop saoul pour quoi que ce soit. Juste avoir une présence pour la nuit. C’est exactement ce qu’il me fallait. Merci. Je voulais juste dire à P que je ne l’attends pas, pas de pression.
Pas de pression.
Je me réveille et P m’a envoyé un message pour savoir si tout allait bien. Je laisse le garçon dans son lit, je m’habille et sors dans la rue, et sur le chemin du retour, je lui téléphone.