Je vois R derrière le bar. De loin. Il m’a vu aussi. On a couché ensemble il y a un mois. Trouvé par Internet. C’était la première fois que je me faisais baiser devant un miroir, entre autres. Excitant. Et motivant pour me mettre au sport.
Bref, je suis dans cette boîte, je tombe amoureux d’un grand barbu. Il vient me parler. Mais je comprends vite qu’il me parle pour m’appâter et me livrer en pâture a son pote qui attend derrière lui. Classique.
Je suis avec J, dans la boîte, il rame aussi, ça me rassure un peu. Tout le monde est parti, il ne reste que nous. Je jette un œil au grand barbu, je jette un œil au barman, je jette un œil à mon verre, le vide, et décide de partir. On sort avec J et je tombe sur R. Il s’en va aussi, et me demande si je veux dormir chez lui.
Je n’ai pas envie de dormir seul. Je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Je n’ai pas spécialement envie de rentrer avec lui, mais j’y vais. J’ai un problème. Sans doute. Sur le chemin il propose a J de venir aussi. Nous déclinons. J’ai envie de rire et j’ai honte aussi. Télescopage de ma vie sexuelle et de ma vie sociale.
On est trop crevés, trop bourrés, pour baiser. Alors il me câline. On dort par intermittence, entre deux caresses. Il y a un semblant de relation, de connexion, le temps d’une nuit, on prétend qu’il y a quelque chose. En sachant que non.
Le matin, on jouit. Sans plus. Il me demande quels sont mes fantasmes, je lui dis que je n’en ai pas. Que je suis ce qu’on me propose si j’en ai envie sur le moment. Il me dit : « Tu expérimentes… ». Il me demande pourquoi je n’ai pas répondu à ses textos après notre première rencontre. Je lui dis que je ne sais pas. Je ne lui dis pas que jamais je ne revois un plan cul. Que je n’aime pas les plans « suivis ». Je ne lui dis pas que jamais on ne pourrait être dans une relation. Que je veux bien de sa bite, de ses bras, mais pas de Lui.
Il me dit que je ne mets aucun sentiment dans la balance, que j’expérimente, que je cherche juste à expérimenter, et à me casser.
Je prends conscience qu’il a raison quelque part. Lui, je ne lui donnerai jamais sa chance. Avec lui ce ne sera qu’une expérience, pour un moment donné.
Comme avec beaucoup d’autres.
Mais est ce que je me perds en chemin pour autant ? Est ce que baiser à l’emporte-pièce m’immunise aux sentiments ? Est ce que je m’insensibilise et serai je incapable d’aimer a nouveau ?
Je suis devenu un vrai pédé non ? C’est ça être un vrai pédé non ? Et un jour, je me réveillerai, j’aurai 35ans, 40ans, je regarderai autour de moi, et la chambre du mec qui m’a baisé toute la nuit me semblera familière. Et je me rendrai compte qu’on a déjà baisé, 10 ans avant, en sortant du Tango, du Cud, des Souffleurs , du Freedj, de la Java, … J’aurai des rides et des muscles, et je serai super seul.
Je m’en vais de chez R avec mes vêtements sales de la veille et ma tête pleine qui me fait mal, et je pense.