J’ai dormi 4h en deux jours. Pour rien en plus. Juste je traîne sur l’Internet. J’écume les sites de rencontre, les site pornos, les blogs de pédé, je twitte, je facebook, je tumblre.
Ce matin donc, je cours dans les couloirs de Saint Lazare, car je suis en retard. Je dévale les marches et là je tombe sur lui. L’aveugle et son chien et sa cassette de Brassens. Pas le roumain sans bras, mais cet aveugle en imper beige.
J’ai toujours détesté Brassens. Me demandez pas pourquoi, j’aime pas non plus Gainsbourg. Ou Brel. C’est comme ça. Bref, j’en viens aux faits.
Je prenais le même chemin pour aller au lycée. Et cet aveugle était la tous les matins. Je passais toujours au moment de La mauvaise réputation. Ligne 12.
Je m’assieds dans le metro et je repense à mes 17 ans.
C’était quand même plus simple. J’étais amoureux en secret de J, qui ensuite est devenu le mec de ma meilleure amie. Puis de K, qui est sorti avec mon autre meilleure amie. Il paraîtrait qu’il soit bi maintenant. Un soir, j’avais failli l’embrasser, mais j’avais trop peur. Bref.
C’était simple. Je n’avais jamais eu d’amoureux. Je m’arrangeais pour ne tomber que sur des mecs inaccessibles. Pour ne pas prendre de risque.
Je n’avais jamais couché avec qui que ce soit. Je n’avais même jamais embrassé un garçon. Consciemment je veux dire. Pas un jeu de touche pipi. Mais faire l’amour. Le sexe n’avait pas tout changé. Je pleurais pour rien. Pour un regard qui ne venait pas.
Je pensais que tout était possible.
Je croyais en l’amour écrit dans les livres.
Je buvais du malibu.
Je ne comprenais pas les chansons tristes, mais je pleurais de bon cœur en les écoutant.
Je m’étais teint les cheveux en brun.
J’avais un sac Eastpack avec des chouettes dessus.
S draguait pour moi sur les sites.
Je ne devais pas gagner d’argent.
J’étais paniqué à l’idée d’entrer dans un bar du marais.
Je ne savais pas que toute ma vie j’aurai l’impression d’être un adolescent.
J’avais cette idée, un jour j’aurai l’homme de ma vie devant moi et je le saurais immédiatement, et lui aussi, et ce serait beau.
Dix ans plus tard ?