Je voulais te rencontrer, aussi pour te dire qu’il y a des garçons bien, des garçons gentils. Il me dit ça, au début de l’après-midi. On est chez lui, on a acheté du chinois et il m’a emmené chez lui.
C’est le premier garçon que je rencontre via ce blog. Il m’a envoyé un mail, quatre jours plus tôt, un très beau mail, avec de la foudre dedans. Et je me retrouve chez lui, à manger un rouleau de printemps qui se désagrège en gardant un maximum de classe. On parle de tout et de rien, il me pose mille questions, il s’intéresse, on s’envoie des piques, on rentre dans le jeu. Il m’enlève mes lunettes et me dit que je suis beau, plus beau sans. Je ne les remets pas.
Il se passe 4 heures. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu ça, 4h à parler, sans ennui, sans blancs gênants.
Nous sommes sur son canapé, on se tait un instant.
- À quoi tu penses ?
- Je ne suis pas sûr de vouloir le dire…
- À quoi tu penses ?
- Je pense que j’aime ce moment, là, maintenant, ou j’ai envie de t’embrasser, et ou je sais que tu as envie de m’embrasser, mais ce moment qu’on fait durer.
- Tu n’embrasses jamais le premier hein ?
Je lui dis que non. Je respire un bon coup et je l’embrasse. Il me rend mon baiser.
- Il faut que je te dise quelque chose, tu vas me détester, j’ai cherché comment te le dire tout l’après midi, mais j’avais peur que tu t’en ailles, que tu ne m’embrasse pas. J’ai quelqu’un.
J’ai envie d’exploser de rire. Il me dit ça et je trouve ça tellement ironique, tellement logique, tellement normal, tellement triste, tellement drôle que j’ai envie de rire. Très fort. Mais je ne le fais pas.
- je ne sais pas pourquoi, j’avais besoin de te rencontrer, besoin.
Je le regarde un instant, pour être sûr. Et je me rends compte que ça me blesse, énormément. L’impression d’être pris pour un con, l’impression que je le suis. L’impression que jamais plus je ne rencontrerai quelqu’un avec qui ce sera simple. Y avoir cru une fois de plus. Mon putain de cœur qui n’a rien appris et qui s’emballe en une quinzaine de lignes et en 240 minutes.
- Tu as l’air complètement détaché…
- Ta phrase est tout à fait correcte, j’ai l’air.
Et pourtant je le laisse me re-embrasser. Je l’embrasse à nouveau. Il me glisse à l’oreille qu’il a envie de moi. Je murmure moi aussi. Mais je sais qu’on ne fera rien.
Il doit partir.
On échange quelques messages dans la soirée. On doit se revoir. Je lui dis que j’ai envie de le revoir, il me répond qu’il a envie de me revoir.
Je suis à peu près certain que ça n’arrivera pas. Et c’est tant mieux. Sans doute. Je n’ai pas la force d’être la maîtresse. Je ne veux pas de cette place. Et puis, il n’aimait pas mes lunettes.